Dès mon enfance, la peinture m’a interpellée en voyant mon père peindre. Sa facilité à reproduire des scènes réalistes me fascinait. À l’école primaire, j’avais beaucoup de plaisir et je mettais beaucoup de temps à faire à la maison les travaux en arts plastiques.


À l’adolescence, considérant que je ne pouvais peindre chez moi, une personne m’a prêté un local : une pièce juste pour moi et mon art! Ce fut un point tournant pour moi. Certaines personnes, que je ne connaissais pas, venaient voir ce que je peignais. J’étais un peintre.


Par la suite, pendant plusieurs années, j’ai beaucoup dessiné dans mes temps libres. Je faisais des croquis à main levée où l’on pouvait voir des visages, des paysages ainsi que différentes formes irréelles. Je dessinais inlassablement des courbes, le plus spontanément possible, dans le but de créer des formes les plus pures. J’ai aussi fait un peu de portrait au crayon de plomb, mais je revenais toujours aux mouvements spontanés faits au stylo à billes sur des feuilles de papier.


Je me considère autodidacte. Je me plais à dire que dessiner et peindre sont pour moi de vieilles habitudes!

C’est à la fin des années 80 que ma carrière professionnelle a commencé. J’ai eu la chance de côtoyer durant quelques années l’artiste-peintre Marcelin Dufour. Je lui montrais mes tableaux et à travers ses critiques constructives, il m’accompagnait, sans me diriger, dans ma démarche artistique.


Je pense que peindre est d’abord un acte créateur. Peindre, c’est défier l’irrationnel dans le but de mettre au monde quelque chose de neuf.


Durant ces années, je mêlais et étendais avec mes mains la peinture directement sur la toile. Je faisais encore des courbes à l’aide de gestes spontanés, mais cette fois avec de la couleur (peinture à l’huile sur toile). Tout était abstrait. J’étais en quête de pureté, que je retrouvais dans l’abstraction et dans les gestes spontanés.


J’ai fait aussi quelques tableaux avec mes doigts en guise de spatule, tout en suivant des rythmes que j’imaginais.


Dans les années 90, ma technique a graduellement évoluée. J’ai fait plusieurs tableaux abstraits à l’huile, dans lesquels on ne voyait aucun geste de la main. Mon but était de permettre aux couleurs, en les diluant beaucoup, de s’entremêler afin qu’elles-mêmes nous amènent dans l’imprévu.


A la fin des années 90, tout en conservant cette technique abstraite, j’ajoutais par-dessus des lignes épurées, semblables à celles de mon adolescence : des lignes texturées qui servaient de contour à mes sujets (personnages ou animaux stylisés ou autres formes abstraites). Tous ses tableaux ont été précédés de croquis faits à main levée avec un stylo, comme dans mon adolescence. D'ailleurs dans ces années, je me suis inspiré de quelques-uns de mes croquis d’adolescence. Ce cheminement m’a permis de faire une boucle avec mes grandes passions d’adolescence : des lignes épurées, à la fois impulsives et suggestives avec des fonds colorés abstraits.


Avec les années, cette technique a évoluée. Dans mes tableaux, je créais un fond blanc parsemé de taches de couleurs ou un fond couleur bleu poudre. Sur ces fonds, j’ajoutais des « lignes contour », que je remplissais de couleur.


2018 : Je fais un retour dans le monde abstrait. J’ai développé une nouvelle technique. Celle-ci me permet de créer des œuvres qui sont le prolongement de moi-même.


Au début de chaque création, je réfléchis un peu à savoir comment placer les premiers jets de couleur sur la toile, mais très rapidement, le rationnel fait place aux gestes spontanés. Tout au long de la création, j'improvise et je m'ajuste instinctivement aux couleurs et formes qui apparaissent sur la toile. Chaque étape de création devient source d’inspiration.


C'est le processus de création qui m’oriente et me permet de créer des environnements originaux.


De plus, je me questionne souvent.  Je cherche mes origines. Où vais-je?  De quoi suis-je constitué au-delà de mon enveloppe corporelle?   Lors de la création de mes peintures abstraites, mes gestes projettent un intérieur qui n’est pas vraiment palpable, un intérieur qui est en perpétuel changement et en mouvement dans l’univers.  Toutefois, le processus de création et l’œuvre terminée me donnent l’impression d’être toujours un peu plus prêt de mon essence première.


Michel Poirier

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